Règlementation

Le plafond du Livret A à 30 000 euros attendra l’adoption du budget 2027

Non, votre Livret A ne peut pas encore accueillir 30 000 euros.

Aurélie Desmarais Par Aurélie Desmarais
Façade d’immeuble en pierre et brique dont les fenêtres sans vitres sont maintenues par des étais en bois et des renforts jaunes.
Photo d’illustration. Façade d’immeuble en chantier, aux fenêtres ouvertes et renforcées par des étais, illustrant la rénovation de bâtiments.

En bref

  • La commission des finances a voté le vendredi 9 octobre 2026 un plafond du Livret A porté à 30 000 euros.
  • La mesure s’inscrit dans le projet de budget 2027 et doit encore passer en séance publique.
  • Les intérêts au-delà de 22 950 euros seraient exonérés de prélèvements sociaux jusqu’au 31 décembre 2029.
  • La Fédération bancaire française conteste le relèvement.

Non, votre Livret A ne peut pas encore accueillir 30 000 euros. Le vote obtenu en commission n’est qu’une première marche : il relève la limite de dépôt de 22 950 à 30 000 euros sur le papier, sans effet tant que le budget 2027 n’est pas définitivement adopté et promulgué.

Un amendement pensé pour la rénovation des logements sociaux

Le texte porte la signature d’Éric Coquerel, député de La France insoumise. Son but affiché dépasse la seule épargne des ménages : dégager 5 milliards d’euros de ressources pour accorder des prêts consacrés à la remise à niveau du parc social. Pour y parvenir, l’amendement augmente aussi la fraction des dépôts du Livret A confiée à la Caisse des dépôts et consignations, l’organisme public qui finance le logement social.

La piste n’est pas sortie de nulle part. En septembre, le Plan national d’adaptation au changement climatique, porté par la ministre Monique Barbut, avait déjà avancé l’idée d’un plafond à 30 000 euros. Le vote des députés en commission donne une première traduction parlementaire à cette proposition, dans un volet Règlementation qui touche directement l’épargne populaire et le financement de l’immobilier social.

Pourquoi rien ne change encore pour l’épargnant

Un amendement de commission ne crée aucun droit immédiat. Plusieurs étapes restent à franchir :

  • l’examen du budget en séance publique à l’Assemblée nationale ;
  • un accord entre l’Assemblée et le Sénat ;
  • la promulgation de la loi de finances.

L’exécutif n’a pas non plus tranché. Selon 1001web.fr, ni Matignon ni Bercy n’avaient arbitré ou validé la proposition, et une réponse ministérielle datée du 21 juillet 2026 défendait la stabilité de l’épargne réglementée. Concrètement, la banque ne vous laissera pas déposer au-delà de 22 950 euros sur la foi de ce seul vote.

Ce que rapporterait la capacité supplémentaire

7 050 €de dépôts en plus possibles par épargnant
1,70 %taux annuel d’août 2026 à janvier 2027
≈ 120 €d’intérêts par an sur cette somme, sans impôt

Le taux actuel a été fixé par un arrêté du 28 juillet 2026. Le calcul suppose donc qu’il reste inchangé : or il peut bouger lors de la révision prévue en février 2027, et le gain suivrait.

Façades colorées d’un immeuble d’habitation collectif, avec fenêtres, volets roulants et balcons, en plein soleil.
Façades colorées d’un immeuble d’habitation collectif, avec balcons et volets roulants, photographiées en plein soleil. Photo : Arndt-Peter Bergfeld / Pexels
Point Ce que prévoit l’amendement
Prélèvements sociaux Exonération des intérêts sur la part au-delà de 22 950 euros
Durée de l’avantage Jusqu’au 31 décembre 2029
Prolongation Disposition à voter dans la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2027

La limite de cette projection est simple : elle ne vaut que pour un livret déjà rempli et si le plafond est réellement relevé à l’issue du parcours budgétaire.

Les réserves des banques

La Fédération bancaire française s’oppose au projet. Son président, Olivier Gavalda, le qualifie d’« une très mauvaise idée » et développe plusieurs arguments.

Pour les promoteurs de l’amendement, l’épargne supplémentaire servirait à financer, via la Caisse des dépôts, des prêts de rénovation des logements sociaux.

Pour la FBF, l’encours et les intérêts exonérés d’impôt grimperaient vite, les ménages aisés en profiteraient d’abord, et l’épargne resterait sur un support liquide et garanti au détriment de l’investissement de long terme des entreprises.

Sur le profil des bénéficiaires, Olivier Gavalda estime que les épargnants les plus aisés sont davantage susceptibles d’avoir déjà rempli leur livret jusqu’au plafond actuel, ce qui contredit, selon lui, l’idée d’une mesure tournée vers les ménages modestes.

Photo : Budget Bizar / Pexels