Travaux

Adapter le parc aux canicules coûtera 46 à 53 milliards

Rendre le parc de logements français vivable pendant les vagues de chaleur demandera, selon l’Institut français pour la performance du bâtiment (Ifpeb), un effort global situé entre 46 et 53 milliards d’euros à l’horizon 2050.

Pauline Roussel Par Pauline Roussel
Fenêtre à petits carreaux et volets ouverts sur une façade en brique, photographiée en noir et blanc.
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Rendre le parc de logements français vivable pendant les vagues de chaleur demandera, selon l’Institut français pour la performance du bâtiment (Ifpeb), un effort global situé entre 46 et 53 milliards d’euros à l’horizon 2050. Ce montant ne comprend aucune climatisation : il repose uniquement sur des travaux dits passifs, et il ne sera pas porté par la seule puissance publique.

En bref

  • L’Ifpeb chiffre entre 46 et 53 milliards d’euros l’adaptation des logements aux fortes chaleurs d’ici 2050.
  • Le calcul porte sur trois solutions passives et exclut l’installation de climatisation.
  • Un premier objectif d’un million de logements est proposé dès 2027.
  • La Fondation pour le logement des défavorisés avance 48 milliards d’euros d’ici 2040 pour volets et brasseurs d’air.

Un chiffrage qui engage aussi les propriétaires

46 à 53 Md€investissement total estimé par l’Ifpeb d’ici 2050, hors climatisation
70 %part des logements qu’un socle de trois actions rendrait habitables, selon le CSTB et « Nos villes à 50°C »

L’Ifpeb fédère des acteurs de l’immobilier et du bâtiment. En présentant son estimation, relayée par BFM Immobilier, l’organisation insiste sur un point de lecture essentiel : la somme ne correspond pas à une « dépense intégralement supportée par l’État ». Il s’agit d’un investissement d’ensemble, dont une fraction reviendra aux propriétaires eux-mêmes.

Pour un ménage propriétaire ou un bailleur, la nuance compte. Le chiffre ne décrit pas une enveloppe budgétaire publique à venir, mais le coût cumulé des chantiers à mener dans le parc, quel que soit le payeur final. La clé de répartition entre aides et reste à charge n’est pas fixée à ce stade.

Trois gestes passifs avant tout, le rafraîchissement actif en dernier recours

Le calcul de l’institut s’appuie sur un trio de solutions. D’abord, des protections solaires posées à l’extérieur, conçues pour laisser fonctionner la ventilation naturelle. Ensuite, des brasseurs d’air, c’est-à-dire des ventilateurs fixés au plafond. Enfin, l’isolation des toitures, par où pénètre une large part de la chaleur estivale.

D’après des travaux du Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB) et du collectif « Nos villes à 50°C », cette combinaison suffirait à porter environ sept logements sur dix à un niveau d’habitabilité jugé acceptable. Le reste du parc pose une autre question.

Car la climatisation est explicitement écartée du chiffrage. L’Ifpeb ne l’exclut pas pour autant du débat : l’institut considère que les solutions passives doivent garder la priorité, mais que dans les zones où les nuits chaudes se multiplient au point d’empêcher les bâtiments de se refroidir seuls, un système de rafraîchissement actif devra être accepté comme un équipement nécessaire pour habiter le logement. Le coût de ces équipements ne figure dans aucune des estimations présentées.

Son directeur résume la position de l’organisme dans un communiqué cité par Sud Ouest, en rejetant l’idée d’un nouvel outil de notation.

« Face aux canicules, nous n’avons pas besoin d’un Nutri-Score du confort d’été ni (de) toute autre usine à gaz. Nous savons déjà quoi faire dans une grande partie du parc […] Il faut arrêter de tergiverser et foncer »

Christophe Rodriguez, directeur de l’Ifpeb

Un calendrier proposé par étapes

L’institut ne se contente pas d’un total : il esquisse une montée en charge progressive, ciblée d’abord sur les situations les plus fragiles. Il s’agit de propositions, non de mesures adoptées.

  1. Adapter un premier million de logements, pour 3,5 à 4 milliards d’euros, dans les territoires les plus exposés et auprès des ménages les plus vulnérables.
  2. Passer à un soutien modulé selon les revenus et le statut du propriétaire, en s’appuyant en priorité sur MaPrimeRénov’ et sur les certificats d’économie d’énergie (CEE) financés par les fournisseurs d’énergie.
  3. Traiter 6,5 millions de logements situés dans les zones les plus exposées aux fortes chaleurs.
  4. Étendre les travaux à 5,3 millions de logements supplémentaires, eux aussi exposés.

Le recours aux dispositifs existants signifie que les propriétaires concernés passeraient par les guichets déjà connus pour la rénovation énergétique, plutôt que par une aide spécifique nouvelle.

Comment ce chiffre se situe face aux autres estimations

L’évaluation de l’Ifpeb n’est pas la seule en circulation, et les périmètres diffèrent sensiblement :

  • L’Institut de l’économie pour le climat (I4CE) estime qu’il faudrait engager de l’ordre de 10 milliards d’euros chaque année pour accélérer l’adaptation de l’ensemble des secteurs en France, des écoles aux transports en passant par les hôpitaux et les logements.
  • Pour le seul logement, l’I4CE reprend l’évaluation de la Fondation pour le logement des défavorisés : 48 milliards d’euros d’ici 2040, soit 3,2 milliards par an, limités aux volets et aux brasseurs d’air.
  • Côté parc social, l’Union sociale pour l’habitat chiffre à 8,6 milliards d’euros l’équipement en volets et brasseurs d’air des logements gérés par les bailleurs HLM.

La comparaison éclaire surtout les horizons : la Fondation vise un montant proche sur dix ans de moins que l’Ifpeb, mais avec une palette de travaux plus restreinte, sans isolation des toitures.

Photo à la une. Source : Pexels. Photographe : Budget Bizar. Licence Pexels.